Retrouver un parent inconnu : la méthode

Préambule : Comment maximiser ses chances de trouver

Pour avoir une chance de retrouver des parents biologiques, il faut commencer par un bon match et dans l’idéal deux ou trois… Or tout le monde n’a pas de bons matches. Ou du moins pas dans l’immédiat.

Pour maximiser ses chances d’avoir de bon matches, la priorité est d’être sur le plus possible de bases ADN : 23andMe, My Heritage, Family Tree DNA, et Ancestry.

Alors premier conseil, faites tous les transferts possibles entre bases ADN. Si vous le pouvez matériellement et financièrement, achetez les deux tests pour lesquels aucun transfert n’est possible, 23andMe et Ancestry : chaque base, c’est une nouvelle chance de tomber sur un bon match !

Si vous ne pouvez acheter qu’un seul test, commandez 23andMe et faites des transferts gratuits sur My Heritage et Family Tree DNA. Deux exceptions cependant : si vous pensez que vos parents inconnus sont d’origine américaine ou libanaise, faites plutôt Ancestry plus les deux transferts.

Autre conseil, associez une photo à votre profil sur ces sites : cela vous rendra plus sympathique et les matches auront plus envie de vous contacter ou de répondre à vos messages.

Veillez aussi à consulter vos résultats régulièrement, car de nouveaux matches proches peuvent décider de se retirer de la liste des cousins génétiques une fois leurs résultats reçus.

Vous pouvez aussi vous former à la généalogie génétique, vous inscrire sur les groupes facebook (par exemple Carrefour ADN ou Généalogie par l’ADN Héritage Français), et commencer à exploiter vos petits matches si vous n’avez pas de bon match d’emblée.

Si vous n’avez jamais appris les bases de la génétique pendant vos études (les paires de chromosomes, et la répartition aléatoire des allèles lors de la formation des gamètes), il est recommandé de prendre le temps d’acquérir quelques notions sur le sujet. Nul besoin toutefois de devenir un expert en génétique, des connaissances niveau lycée sont plus que suffisantes. Sinon gardez simplement en tête qu’on reçoit 50 % de l’ADN de son père et 50% de l’ADN de sa mère, et que ces 50% sont pris au hasard parmi le patrimoine génétique de chacun de nos deux parents. 

Enfin, si vous avez de bons matches, et que vous pouvez vous le permettre financièrement, les abonnements généalogiques pourront être très utiles voire décisifs : abonnements My Heritage et Ancestry pour exploiter complètement les résultats ADN sur ces sites et également pour accéder à leurs documents historiques et leurs arbres généalogiques, mais aussi abonnements aux sites de généalogie Généanet et Filae.

Avertissement sur cette méthode : attention à l’endogamie 

La méthode décrite ci-dessous est relativement fiable et a permis de retrouver plusieurs parents biologiques. Attention cependant : si vos ancêtres viennent d’une famille où les gens se marient entre cousins, cela risque de fausser la méthode. Prudence donc si par exemple vous travaillez sur un match ADN (cousin génétique) dont les 4 parents viennent du même petit village rural, ou si vous avez des origines juives ashkénazes. La méthode pourra alors encore fonctionner partiellement, notamment avec des matches importants, mais il faudra être prudent à chaque étape du raisonnement.

La méthode en résumé

Le principe est le suivant :

1) Examinez les arbres généalogiques de vos matches et trouvez des ancêtres communs entre eux (généalogie ascendante). Identifiez les ancêtres susceptibles d’être le plus proche de vous.

2) Reconstituez la descendance des ancêtres les plus proches de vous et déterminez votre place dans cette généalogie (généalogie descendante).

Etape 1 : partir d’un « bon match » 

Pour trouver des ancêtres biologiques via la généalogie génétique, il faut que dans vos résultats apparaissent au minimum un match (cousin génétique) de 90 cM, et dans l’idéal, plusieurs. Le cM, ou centimorgan, est l’unité de mesure de la proximité des cousins génétiques (voir : évaluer la proximité génétique d’un match).

Il est sans doute possible dans de rares cas de trouver avec des matches inférieurs à 90 cM mais il vous faudra une très grande chance dans vos recherches et énormément de travail.

Il est cependant utile de s’entraîner à travailler avec des matches plus petits : le jour où un match de 250 cM apparaîtra dans vos résultats (l’équivalent d’un cousin au second degré), vous irez beaucoup plus vite dans vos recherches. De plus, même avec des petits matches vous arriverez peut-être à quelques découvertes sur les origines lointaines de votre parent inconnu.

Si vous recherchez vos deux parents biologiques, tout match important est bon à prendre. En revanche, si c’est votre père/mère/grand-mère/grand-père qui est inconnu, il vous faut vous assurer que le match est du côté du parent inconnu que vous cherchez (si vous cherchez votre père, un match du côté de votre mère ne vous servira à rien).

Si un seul de vos parents est inconnu, comment savoir de quel côté est le match ? Première solution, idéale : faites tester d’autres membres de la famille. Par exemple, si vous cherchez votre père, faites tester votre mère : si votre match a aussi de l’ADN en commun avec votre mère, vous serez tout de suite fixé. Une fois le test d’autres membres de votre famille du côté connu effectué, allez voir les correspondances communes que vous partagez avec votre match pour voir si le membre de la famille en fait partie (pour plus de détails sur les correspondances communes, voir étape 3).

Deuxième solution, comparer l’arbre généalogique de votre match avec le vôtre : si votre match est du côté de la branche familiale que vous connaissez déjà, vous allez sans doute reconnaître des noms de famille ou des ancêtres communs. Pour plus de détails sur les façons de trouver l’arbre généalogique de votre match, voir l’étape 2. Cependant, dans le cas d’un match à 150 cM, vous ne ferez pas forcément facilement le lien avec votre branche familiale connue car les ancêtres communs se trouvent environ 4 générations au-dessus de vous. Dans ce cas-là, essayez de travailler avec le match, et vous verrez où cela vous mène.

Le chromosome X peut également vous apporter un indice si vous êtes un homme : si vous partagez des segments communs sur le chromosome X avec votre match, alors ce match est probablement du côté de votre mère (Le chromosome X d’un homme lui étant forcément transmis par sa mère). Attention cependant cela n’est fiable que pour les matches assez proches ; j’ai ainsi pu constater que mon conjoint partageait des segments sur le X avec des matches éloignés qui ne matchaient pourtant pas avec sa mère.

 

Etape 2 : Trouver l’arbre généalogique de vos matches

Une fois que vous avez un match suffisamment élevé et que vous vous êtes assuré que ce match est sur la branche de votre parent inconnu, il faut que vous vous procuriez l’arbre de votre match, le plus détaillé possible. Car cet arbre généalogique contient aussi un morceau de votre arbre à vous !

Plusieurs façons de trouver les arbres de vos matches sont décrites dans la rubrique  “Trouver l’arbre généalogique de ses matches”. 

Parfois c’est extrêmement simple. Parfois, on finit par trouver et reconstituer l’arbre après plusieurs heures de travail. 

Et parfois, malheureusement, il est impossible de trouver l’arbre du match (match qui utilise un pseudonyme ou qui a un nom très courant, match qui ne répond pas à vos messages, match dont personne n’a mis l’arbre généalogique sur internet…).

Etape 3 : Regarder les correspondances communes et trouver les ancêtres communs

A la base du travail de généalogie génétique, il y a les correspondances communes.

Vous avez un match proche et vous avez trouvé son arbre généalogique, très bien. Mais ce match a 4 grands-parents, 8 arrières grands-parents (AGP), 16 arrière arrières grands-parents (AAGP), 32 AAAGP, 64 AAAAGP, etc. Alors, au milieu de cette foule d’ancêtres, comment savoir quelle est la branche qui vous relie à votre match et par laquelle s’est transmis l’ADN que vous avez en commun ?

Réponse : grâce aux correspondances communes. Les correspondances communes sont des gens qui partagent de l’ADN à la fois avec vous, et à la fois entre eux. Par exemple vous pouvez matcher avec une personne et son cousin germain. La branche de l’arbre qui vous intéressera sera alors du côté du couple de grands-parents communs entre ces deux matches.

Ainsi, en trouvant les ancêtres communs entre votre gros match et des correspondances communes, vous allez pouvoir déterminer sur quelle branche de l’arbre de votre match se situent vos ancêtres à vous.

Commencez donc par regarder si vous avez des correspondances communes avec vos meilleurs matches. C’est le cas ? Alors vous êtes sur la bonne voie.

Si vous avez la chance d’avoir de bonnes correspondances communes, il faut maintenant que vous trouviez l’ancêtre commun ou le couple d’ancêtres communs entre vos correspondances communes. Pour cela il faut que vous compariez l’arbre généalogique de votre match avec celui des correspondances communes. Si une correspondance commune n’a pas d’arbre généalogique, essayez de trouver celui-ci (voir Trouver l’arbre généalogique de ses matches).

Si vous avez trouvé des ancêtres communs entre votre match et une correspondance commune, et s’il n’y a pas de consanguinité dans la famille, alors cela signifie que ces ancêtres communs se situent sur la branche de l’arbre de vos matches avec laquelle vous partagez de l’ADN. Les ancêtres communs à vos deux matches peuvent être :

  • soit vos ancêtres communs également ;
  • soit des descendants des ancêtres que vous avez en commun avec les deux matches.

A ce stade-là, si une personne aguerrie en généalogie génétique me lit, elle est peut-être en train de s’exclamer que cette méthode manque énormément de rigueur car je ne parle pas de triangulation. Je dois faire une confession : j’ai aidé plusieurs personnes à retrouver des parents biologiques sans jamais me soucier de la triangulation. Cela manque de rigueur, mais cela fonctionne… la plupart du temps.

Expliquons cependant ce qu’est la triangulation avec un exemple :

Julie a comme correspondances communes Pierre et Nicolas. Julie a donc un ancêtre commun (ou un couple d’ancêtres communs) avec Pierre, et un ancêtre commun avec Nicolas. Pierre et Nicolas matchent entre eux, donc eux aussi ont un ancêtre en commun. Lorsque je ne me soucie pas de triangulation, je pars du principe qu’il existe également un même ancêtre commun entre tous les trois. Or dans certains cas, il peut y avoir un ancêtre commun entre Julie et Pierre, un ancêtre commun entre Julie et Nicolas, un ancêtre commun entre Nicolas et Pierre… mais pas d’ancêtre commun entre tous les 3 !

Pour vérifier qu’il y a bien un ancêtre commun à tous les 3, il faut effectuer une triangulation à partir du comparateur de chromosomes : si les 3 ont en commun un segment d’ADN situé au même endroit, alors ils descendent d’un même ancêtre qui leur a transmis ce segment d’ADN.

La triangulation a quand-même un inconvénient selon moi : les 3 pourraient descendre d’un même ancêtre mais ne pas partager tous les 3 un même segment du fait des hasards de la transmission génétique entre les générations. Ainsi on passerait à côté de correspondances communes très intéressantes. Je préfère prendre le risque d’essayer de trouver des ancêtres communs sans faire de triangulation. Cependant si je suis dans un contexte d’endogamie (par exemple, si les deux arbres entiers des correspondances communes viennent du même endroit et que les mêmes noms de famille reviennent à divers endroits dans les deux arbres), alors je redouble de prudence.

Notons que My Heritage présente l’avantage de vérifier la triangulation automatiquement… si vous voyez le symbole rose dans le comparateur de chromosomes, alors il y a triangulation :

Le symbole encadré en rouge indique qu’il y a triangulation

Etape 4 : Déterminer votre place par rapport aux ancêtres communs.

Vous avez trouvé des ancêtres communs entre plusieurs de vos matches. Ces ancêtres communs sont soit vos ancêtres directs, soit les frères/sœurs/cousins de vos ancêtres directs. Pour évaluer votre place dans l’arbre de votre match (et dans celui des ancêtres communs que vous avez trouvés), il vous faut maintenant vous pencher de nouveau sur le nombre de centimorgans que vous partagez avec vos matches.

Pour cela, voir la section « évaluer la proximité génétique de vos matches » et utilisez les outils proposés. Il vous faut déterminer les différentes hypothèses plausibles concernant votre lien par rapport aux ancêtres communs que vous avez trouvés entre vos matches. Par exemple, si vous avez déterminé que le couple A et B sont les ancêtres communs de vos deux matches, il se peut que A soit votre grand-oncle ou que B soit votre grande tante à 90 % de probabilité, ou alors que A et B soient vos grands-parents à 10 % de probabilité.

A ce stade, j’ai une véritable préférence pour l’outil « Wato », qui va permettre de bien visualiser où on peut se situer dans l’arbre des ancêtres communs (voir la section « évaluer la proximité génétique de vos matches »).

Si vous avez plusieurs bons matches reliés entre eux, il vous faut essayer d’affiner au maximum pour essayer de déterminer les ancêtres communs les plus proches de vous.

Etape 5 : Faire une généalogie descendante

Ensuite, il vous faut trouver la généalogie descendante des ancêtres communs. Si vous avez passé sans embûches les étapes précédentes, l’enquête s’arrête malheureusement assez souvent à ce stade. 

Soit vous avez la chance de retrouver cette descendance ou des morceaux de cette descendance via des arbres généalogiques en ligne ou via des rubriques nécrologiques qui détaillent la composition de la famille, soit il sera difficile d’identifier les descendants.

Si vous arrivez à trouver cette descendance, c’est peut-être l’aboutissement de votre quête : peut-être que vous cherchez une femme et qu’il n’y en a qu’une seule dans cette descendance qui correspondra en termes d’âge. Peut-être que vous cherchez un homme qui a vécu à Strasbourg et qu’il n’y en aura qu’un seul parmi la famille concernée.

Sinon, l’étape 6 sera nécessaire.

Etape 6 : Croiser avec une autre branche

Vous avez exploité à fond votre match le plus important, et vous êtes parvenu au bout des 5 premières étapes ? Cependant, parmi la descendance que vous avez reconstituée, il existe encore plusieurs possibilités ? Il faut maintenant vous intéresser aux conjoints de cette descendance pour essayer de croiser avec d’autres matches.

Voyons cela avec un schéma :

Grâce à vos bon matches du côté de A, vous avez déterminé que X et Y étaient vos ancêtres. Mais X et Y ont eu deux autres enfants, C et D, et vous ne savez pas si vous descendez de C ou de D.

Intéressez-vous alors aux ancêtres de B, le conjoint de C, et aux ancêtres de E, le conjoint de D. Si vous trouvez des matches du côté de l’un des conjoints, alors cela réduit les hypothèses (hors endogamie).

Ainsi, dans l’exemple ci-dessus, la personne qui avait identifié qu’elle descendait de X et Y a trouvé des ancêtres communs entre E et un autre matche. Elle peut donc en déduire, qu’elle descend du couple D – E, car seuls les descendants de ce couple ont à la fois des matches côté D et des matches côté E (hors endogamie).

Ce croisement vous permet ainsi de trouver de façon certaine la fratrie de vos parents biologiques (ou plus exactement de façon quasi-certaine – attention encore une fois s’il y a de la consanguinité dans la famille, et notamment si tous les conjoints viennent du même village).

Pour parvenir à ce croisement vous pouvez :

  • Soit faire l’arbre des conjoints puis essayer de trouver des ancêtres communs avec vos autres matches (par exemple, si le nom Vedel apparaît dans les ancêtres du conjoint, tapez « Vedel » dans la barre de recherche de vos matches My Heritage pour vérifiez si vous tombez sur un de vos matches à 30 cM qui aurait le nom Vedel dans son arbre).
  • Soit repartir de vos matches les plus élevés qui n’étaient pas en correspondance commune avec votre meilleur match, et exploiter ces matches en réitérant les étapes 1 à 5. Si vous arrivez sur un mariage entre cette famille et la descendance que vous avez identifiée pour votre meilleur match, bingo !

Précision importante : la généalogie génétique ne vous permettra pas de distinguer votre parent entre deux frères ou deux sœurs, à moins que leurs enfants ou petits-enfants n’aient eux-mêmes fait un test. 

Si vous avez réussi l’étape 6, vous savez maintenant qui est votre parent biologique, ou de quelle fratrie fait partie votre parent biologique. Le plus difficile reste maintenant à faire : établir un contact, si le parent est toujours en vie. Si le parent est décédé, vous aurez peut-être envie de contacter sa famille. Pour cela, pas de recette magique, mais quelques conseils de bon sens : Soyez simple et clair dans votre communication ; la personne en face ne sait pas forcément qui vous êtes ni comment vous l’avez retrouvée… expliquez-lui cela au moins brièvement. Donnez quelques informations sur vous, et éventuellement une photo. Si vous êtes au clair sur ce que vous attendez, vous pouvez le lui dire aussi (par exemple, une éventuelle rencontre mais pas nécessairement une relation).

Sachez que les réponses auxquelles vous pourrez faire face sont extrêmement variées et plus ou moins positives : absence de réponse, rejet,  contact chaleureux, contact tardif, contact prudent, contact progressif. Soyez conscient que la personne n’aura peut-être pas parlé de votre existence à son entourage actuel. Sachez qu’il faut souvent plusieurs mois d’attente avant de recevoir une réponse… votre parent biologique peut avoir besoin de temps. Certaines personnes qui identifient leurs parents biologiques identifient par la même occasion des demi-frères ou sœurs et préfèrent contacter ceux-ci dans un premier temps. A vous de décider.